Les pauvres peuvent-ils encore devenir influenceurs ?
À l’heure où les contenus se multiplient sur les réseaux sociaux, est-il encore possible de devenir influenceur ou de créer du contenu sans budget ?
Face aux productions très travaillées de Squeezie, MrBeast et des plus grands créateurs, il est facile de se décourager. On se dit qu’il faudrait une meilleure caméra, un décor spectaculaire, une équipe, un monteur ou plusieurs milliers d’euros pour espérer attirer l’attention.
Et surtout, on a l’impression d’arriver trop tard.
Le véritable problème, c’est que l’on a menti aux gens avec une histoire séduisante : celle de la créatrice de contenu ou de la businesswoman partie de rien, autrefois incapable de payer ses factures et devenue, par son seul mérite, une entrepreneuse à succès.
Cette histoire n’est pas toujours totalement fausse.
Mais elle est souvent très incomplète.
Le mythe de l’influenceur parti de zéro
Personne ne part réellement de zéro.
Les réseaux sociaux ne constituent pas un univers à part, déconnecté de nos réalités matérielles. Ils sont la face dématérialisée de notre société — et parfois son miroir grossissant.
Pour s’y faire une place, il faut maîtriser différents codes :
les codes culturels ;
les codes esthétiques ;
les codes sociaux ;
les codes narratifs ;
les codes commerciaux ;
les codes propres à chaque plateforme.
Une entrepreneuse peut avoir réellement connu des difficultés financières sans être partie de rien.
Elle a peut-être grandi dans un environnement où l’on maîtrisait la langue, où l’on connaissait les bonnes manières, où l’on encourageait la curiosité et où l’on savait comment se présenter en société.
Ses parents ne lui ont peut-être donné ni entreprise ni capital financier. Mais ils lui ont transmis ce que le sociologue Pierre Bourdieu appelait un capital culturel : des connaissances, des références, des habitudes, une manière de parler et une certaine compréhension des règles sociales.
Ce capital peut lui permettre de se faire remarquer en société comme sur les réseaux sociaux.
Une fois adulte, elle a peut-être réellement galéré financièrement. Mais elle savait rédiger un CV, paraître professionnelle, défendre une idée, adapter son langage à son interlocuteur ou raconter son expérience de manière convaincante.
Autrement dit, elle possédait déjà certains des outils nécessaires pour mettre son vécu en récit sur Internet.
Reconnaître cela ne revient pas à nier son travail ou ses difficultés. Cela permet simplement de comprendre que nous ne commençons pas tous avec les mêmes ressources.
Peut-on devenir influenceur sans argent ?
Oui, il est toujours possible de commencer la création de contenu sans disposer d’un budget important.
Mais cela ne signifie pas qu’Internet serait une grande méritocratie dans laquelle chacun aurait exactement les mêmes chances.
Certaines personnes commencent avec :
du temps disponible ;
une famille qui les soutient ;
un réseau professionnel ;
un logement photogénique ;
du matériel performant ;
de l’argent pour déléguer ;
la certitude d’avoir quelque chose d’intéressant à raconter.
D’autres commencent seules et fatiguées, après leur journée de travail, avec un téléphone presque plein, un appartement difficile à filmer et la peur d’être ridicules.
Ces deux personnes ne partent pas du même endroit.
Le manque d’argent représente un véritable obstacle. Il limite le temps disponible, ralentit les essais et empêche parfois de déléguer le montage, la stratégie ou la production.
Mais percer sans budget reste possible. Percer sans comprendre les codes est beaucoup plus compliqué.
Le coût d’un contenu ne détermine pas sa qualité
Nous confondons souvent la qualité d’un contenu avec son coût de production.
Une caméra chère peut améliorer la qualité d’une image. Elle ne rendra jamais une idée plus intéressante.
Une équipe peut accélérer la production. Elle ne trouvera pas nécessairement votre voix à votre place.
Un décor magnifique peut arrêter le pouce pendant deux secondes. Il ne donnera aucune raison de s’abonner si vous n’avez rien à raconter.
À l’inverse, une personne seule, filmée dans sa voiture avec un téléphone fissuré, peut réunir des centaines de milliers de personnes si elle met des mots précis sur quelque chose que tout le monde ressent sans parvenir à l’exprimer.
Le matériel peut améliorer un contenu qui fonctionne déjà.
Il compense rarement l’absence :
d’une idée claire ;
d’un angle identifiable ;
d’une émotion ;
d’une histoire ;
d’une promesse ;
d’une personnalité.
Avant d’acheter une nouvelle caméra, il faut donc se demander si le problème vient réellement de l’image — ou de ce que l’on essaie de raconter.
De quoi a-t-on besoin pour créer du contenu sans budget ?
Pour commencer, un téléphone récent n’est pas indispensable. Un appareil capable de filmer correctement, un endroit suffisamment lumineux et une idée claire peuvent suffire.
Les premières compétences à travailler sont principalement stratégiques.
Trouver une idée qui mérite d’être racontée
Un contenu efficace ne commence pas par une transition ou une musique tendance.
Il commence par une idée.
Cette idée peut répondre à une question, verbaliser une frustration, raconter une expérience, contredire une croyance ou aider une personne à regarder son problème autrement.
Demandez-vous :
Qu’est-ce que je comprends de mon sujet que mon audience n’arrive pas encore à formuler ?
Capter l’attention rapidement
Une bonne accroche ne consiste pas nécessairement à crier ou à faire une promesse démesurée.
Elle crée une tension suffisamment forte pour donner envie de connaître la suite.
Comparez ces deux débuts :
« Aujourd’hui, je vais vous donner trois conseils pour commencer sur Instagram. »
Et :
« Le manque de matériel n’est probablement pas ce qui vous empêche de commencer sur Instagram. »
La deuxième phrase ouvre une question. Elle donne envie de savoir quel est le véritable obstacle.
Donner une raison de rester
Attirer l’attention ne suffit pas. Il faut ensuite tenir la promesse formulée dans l’accroche.
Chaque partie du contenu doit apporter une nouvelle information, un exemple ou une progression.
Si trois phrases disent exactement la même chose, une seule est nécessaire.
Créer une émotion identifiable
Un contenu peut informer, rassurer, faire rire, surprendre, révolter ou donner envie d’agir.
En revanche, les contenus qui ne provoquent rien sont rarement mémorisés.
Avant de publier, demandez-vous :
Qu’est-ce que je veux que la personne ressente à la fin ?
Devenir reconnaissable
Une audience ne s’attache pas uniquement à un sujet. Elle s’attache à une manière particulière de le traiter.
Votre vocabulaire, vos références, votre humour, votre sensibilité, votre parcours et même vos contradictions participent à votre identité éditoriale.
Votre objectif n’est pas d’être totalement original. Il est de devenir identifiable.
La bonne nouvelle : les codes peuvent s’apprendre
Le capital culturel se transmet en partie par la famille, l’éducation et le milieu social. Mais il ne s’agit pas d’un patrimoine complètement inaccessible.
On peut observer, lire, écouter, déconstruire, reproduire, puis inventer sa propre manière de faire.
Pour progresser dans la création de contenu, analysez les débuts des créateurs que vous admirez au lieu de comparer vos premières vidéos à leur dixième année de carrière.
Lorsque vous regardez un contenu efficace, ne vous contentez pas de penser : « Cette vidéo fonctionne. »
Demandez-vous précisément :
Pourquoi ai-je arrêté de faire défiler mon écran ?
Quelle promesse ai-je comprise dès le début ?
À quel moment ai-je eu envie de connaître la suite ?
Quelle phrase vais-je retenir ?
Quelle émotion ce contenu a-t-il provoquée ?
Pourquoi ai-je envie de l’envoyer à quelqu’un ?
Qu’est-ce qui me permet de reconnaître son auteur ?
Cette analyse permet de voir la structure derrière le résultat.
Vous pouvez alors travailler votre écriture avant d’acheter une lumière. Apprendre à raconter avant d’apprendre à étalonner. Comprendre les personnes avant de vouloir comprendre l’algorithme.
Une ring light ne sauvera jamais un contenu vide.
Quel matériel acheter pour commencer la création de contenu ?
Le meilleur matériel est d’abord celui que vous possédez déjà.
Pour commencer, vous pouvez utiliser :
votre téléphone ;
la lumière naturelle d’une fenêtre ;
des écouteurs filaires comme microphone ;
un support improvisé ou un petit trépied ;
une application de montage gratuite ;
un arrière-plan simple et propre.
Une qualité sonore correcte est généralement plus importante qu’une image spectaculaire. Une personne peut accepter une vidéo légèrement imparfaite, mais elle quittera rapidement un contenu qu’elle ne comprend pas.
Investissez progressivement, lorsque vous identifiez une limite réelle.
Par exemple :
achetez un microphone si le son empêche de comprendre vos vidéos ;
ajoutez une lumière si vous devez filmer régulièrement le soir ;
changez de téléphone ou de caméra lorsque la qualité limite véritablement vos projets ;
déléguez le montage lorsqu’il absorbe le temps que vous devriez consacrer à votre activité.
N’achetez pas du matériel uniquement pour avoir l’impression d’avoir commencé.
Commencez, puis laissez votre pratique révéler ce dont vous avez réellement besoin.
Cinq idées de contenus réalisables sans argent
1. L’erreur que vous avez commise
Expliquez ce que vous faisiez autrefois, pourquoi cela ne fonctionnait pas et ce que vous faites désormais différemment.
2. Une opinion propre à votre secteur
Choisissez une croyance fréquemment répétée dans votre métier et apportez un point de vue plus nuancé.
3. Les coulisses d’une décision
Montrez comment vous choisissez un produit, préparez une prestation ou répondez à un problème client.
4. Une expérience personnelle transformée en enseignement
Partez d’une situation réelle et expliquez ce qu’elle vous a permis de comprendre.
5. L’analyse d’un contenu, d’une marque ou d’une tendance
Montrez ce qui fonctionne, ce qui pourrait être amélioré et les principes que votre audience peut réutiliser.
Aucune de ces idées ne nécessite un drone, un studio ou une équipe.
Elles nécessitent surtout un regard.
Le défi : créer une vidéo que l’argent ne pourrait pas améliorer
Cette semaine, créez une vidéo avec le matériel que vous possédez déjà.
Interdiction d’acheter un accessoire, un logiciel ou une formation supplémentaire avant de l’avoir publiée.
Construisez-la en cinq étapes :
Écrivez une idée en une seule phrase.
Commencez par une opinion, une difficulté ou une contradiction.
Racontez une expérience précise.
Expliquez ce que vous en avez compris.
Terminez par une question ou une action simple.
Vous pouvez utiliser l’une de ces accroches :
« Je pensais avoir besoin de ___ pour commencer. En réalité, j’avais surtout besoin de ___. »
« Si votre contenu ne fonctionne pas, le problème n’est peut-être pas votre matériel. »
« Voici ce que personne ne vous dit lorsque vous commencez à créer du contenu sans budget. »
« J’ai attendu ___ avant de publier, simplement parce que je pensais ne pas avoir ___. »
« Une caméra plus chère n’améliorera jamais ___. »
« Vous n’avez pas besoin de ___. Vous devez d’abord apprendre à ___. »
« Le contenu qui m’a demandé le moins d’argent m’a appris ___. »
Après publication, n’analysez pas uniquement le nombre de vues. Regardez également les partages, les commentaires, les visites du profil et les messages reçus.
Alors, les pauvres peuvent-ils encore devenir influenceurs ?
Oui.
Mais pas parce qu’Internet donnerait exactement les mêmes chances à tout le monde. C’est faux.
Certaines personnes commencent avec une équipe, un réseau, du temps, un bel appartement et la certitude d’avoir leur place. D’autres commencent après leur journée de travail, avec peu de moyens et la peur d’être jugées.
Ces personnes ne partent pas du même endroit. Mais les règles de la création de contenu ne sont pas réservées à celles qui ont le plus d’argent.
Parfois, la personne qui ne possède pas le plus beau décor détient quelque chose de beaucoup plus difficile à acheter :
une histoire que personne d’autre ne peut raconter ;
une manière de parler immédiatement reconnaissable ;
un regard singulier sur son domaine ;
une raison profonde de continuer lorsque ses premières vidéos font 312 vues.
Vous ne partez probablement pas de zéro.
Vous partez avec vos références, vos blessures, vos obsessions, votre accent, votre milieu social, vos facilités et tout ce que l’on ne vous a jamais appris.
La question n’est donc pas seulement :
« Ai-je assez d’argent pour commencer ? »
Mais plutôt :
« Quels codes dois-je apprendre pour que mon manque d’argent ne décide pas à ma place ? »
Commencez avec votre téléphone.
Trouvez une idée suffisamment forte pour ne pas avoir besoin d’un drone.
Vous achèterez la caméra plus tard.
Faire de ses contraintes une stratégie de contenu
Tout s’explique Studio accompagne les entreprises, les marques et les indépendants qui souhaitent construire une communication plus claire et créer des contenus reconnaissables.
Depuis Nîmes, notre agence de communication intervient sur la stratégie éditoriale, le positionnement, les idées de publications ainsi que la création de vidéos et de photographies.
Notre objectif n’est pas de vous faire produire toujours plus.
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